Pourquoi ces présidents africains qui veulent a tout prix rester au pouvoir?

29 mars 2021 à 09h25 - 80 vues

La présidence à vie… une notion avec laquelle la terre d’Afrique a appris à composer depuis des décennies. Depuis l’accession à l’indépendance, nombre de pays africains n’ont pas connu de réelle alternance à la tête de l’Etat. Des générations d’Africains sont nées, ont vécu et ont même quitté ce monde, sous la présidence d’un seul homme.

L’exemple le plus marquant est celui de Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, président de la Guinée équatoriale depuis 1979 ou encore celui de Paul Biya, président du Cameroun depuis 1982.

Certains présidents africains ont cherché à s’accrocher au pouvoir, parfois par la force des armes. D’autres se sont abstenus d’organiser des élections sous différents prétextes, économique, sécuritaire ou sanitaire, pour éviter une passation pacifique du pouvoir à un successeur.
D’autres encore, pour donner le change à une communauté internationale de plus en plus exigeante en termes de démocratie et de respect de la légalité, ont eu recours à ce que l’on appelle communément « des tripatouillages constitutionnels ».

Au grand dam des sociétés civiles et des diverses oppositions, de nombreuses tentatives de prolongation de mandat ont été tentées… Certaines ont réussi, d’autres se sont heurtées à la volonté de peuples sortis, au fil des générations, du fatalisme qui caractérisait leur rapport à la chose politique.
-Les raison d’une avidité du pouvoir
Selon Jacques Djoli, professeur de droit constitutionnel à l’université de Kinshasa, ce phénomène récurrent en terre d’Afrique s’explique par une certaine crainte « de poursuites après leurs règnes, ponctués de crimes financiers et de guerres».
C’est le cas par exemple de Joseph Kabila, président de la République Démocratique du Congo (RDC).

Désigné à la tête du pouvoir à la suite de l’assassinat de son père, Laurent Désiré Kabila, en janvier 2001, Joseph Kabila a été élu à la fin de la deuxième guerre du Congo (1998 à 2002) pour un premier mandat (2006-2011), puis réélu pour un second quinquennat en 2011.

La Constitution lui interdisant de se représenter en 2016, Joseph Kabila a ajourné à plusieurs reprises le scrutin présidentiel, profitant d’une clause dans la Constitution lui permettant de rester président jusqu’à l’élection d’un successeur.
Après de longues « tergiversations constitutionnelles », il a fini par renoncer au pouvoir, début 2019, au profit de son principal opposant Félix Tshisekedi.

Pour Djoli « rester au pouvoir ne répond nullement à un appât du gain », dans le cas de Kabila, le président congolais n’a cédé le pouvoir qu’après «avoir obtenu des garanties de la part de son successeur », Felix Tshisekedi.

Pour le professeur de l’université de Kinshasa, « les constitutions africaines devraient encourager les présidents à envier la vie hors palais ; en plus de donner des garanties de sécurité et d’immunité».
A défaut d'un tel compromis, "la plupart d'anciens présidents africains s'exilent par peur d'avoir à payer leurs crimes commis avec l'immunité acquise grâce à leurs fonctions", comme l'a expliqué Chindji Kouleu, sociologue camerounais et enseignant universitaire de journalisme dans son livre "Peut-on juger les chefs d'Etat africains?"

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-Manœuvres législatives

Non loin de la RDC, au Burundi, la violation de la Constitution était encore plus explicite avec le cas du « Guide suprême éternel », Pierre Nkurunzinza (54 ans) qui a réussi à briguer un troisième mandat en 2015 en violation de la Constitution.

Elu en 2005, réélu en 2010, puis en 2015, Nkurunzinza a fait modifier la Constitution en mai 2018. Le mandat présidentiel dans son pays passe de cinq à sept ans et le verrou de la limite est fixé à deux mandats.
Ce nouvel amendement remet son compteur à zéro, ce qui lui permettrait de rester au pouvoir jusqu'en 2034.
Ainsi faisant, Nkurunziza a insufflé une piste intéressante aux dirigeants voulant rester au pouvoir, soit de modifier la Constitution.
Plus récemment, Alpha Condé, 81 ans, président de la Guinée-Conakry, a annoncé la tenue d’un référendum pour modifier la Constitution, de sorte à ce qu’il puisse rester au pouvoir. C’était à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations Unies, fin septembre dernier.
La Guinée avait pourtant commencé à se doter de traditions démocratiques.
En effet, Alpha Condé, alors opposant historique, fut le premier président Guinéen démocratiquement élu, en 2010, puis réélu en 2015, après des décennies de régimes autoritaires et militaires.
Et la rue n'a pas manqué de réagir à ces déclarations.

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C’est, au fait, souvent le cas. Faute d’alternance pacifique, il n’est pas rare que les populations se soulèvent en Afrique, générant souvent des morts et des blessés, sans compter le manque à gagner économique et social, dus à l'instabilité.
Contre ce genre de manœuvres, mettant en péril les progrès démocratiques sur le continent, Barack Obama avait tenu un discours virulent, en 2015 lors d’un déplacement en Ethiopie en tant que président des Etats-Unis.

À la tribune de l’Union africaine à Addis-Abeba, devant une assemblée acquise, Barack Obama avait déclaré "Quand un dirigeant essaie de changer les règles au milieu de la partie, simplement pour rester en poste, il s'expose à l'instabilité et à la discorde, comme nous l'avons vu au Burundi".

Le cas du Zambien Edgard Lungu (62 ans) est encore plus éloquent. Aux opposants qui lui rappellent qu'il a déjà «épuisé» ses deux mandats, Lungu insiste qu’il n’en a brigué qu’un seul.

Pour l’opposition, Lungu, qui a été « désigné » au sein du Cabinet du parti présidentiel, après le décès du président Michel Sata en 2014, n’a été élu qu’en 2015 par son parti pour porter à terme le mandat de son prédécesseur.

C’est au terme de la période transitoire, en 2016, qu’il est « réélu », au suffrage universel cette fois-ci, pour cinq ans. L’opposition estime que le Président ne peut pas se présenter en 2021, au risque de violer la Constitution, qui limite à deux le nombre de mandats.

Mais les partisans du Président affirment que le mandat transitoire ne peut être comptabilisé comme mandat de plein exercice, puisqu'il n'a pas eu la durée d'un mandat normal. Son intention de se présenter à ce qu’il considère comme son « second mandat», son « troisième» selon l'opposition, reste d’actualité.

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